Allocution du président de la Banque d’Investissement et de Développement de la CEDEAO (BIDC) à l’occasion du 50e anniversaire de la CEDEAO
Il y a cinquante ans de cela, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) est née du rêve que les nations ouest-africaines seraient plus fortes en étant unies plutôt que séparées. En ce jour, nous réaffirmons ce même idéal avec une urgence et une détermination accrues. Ce jubilé d’or n’est pas seulement l’occasion de célébrer la longévité, mais également un moment propice pour méditer sur les valeurs qui animaient les pères fondateurs de notre Communauté : la conviction en une prospérité partagée et en un destin commun.
Au cours des cinq dernières décennies, la CEDEAO a œuvré pour favoriser la libre circulation des biens et des personnes et pour soutenir le développement de notre sous-région. En tant qu’Institution de Financement du Développement au service de la Communauté, la Banque d’Investissement et de Développement de la CEDEAO (BIDC) a joué un rôle essentiel dans l’exécution de ce mandat : à ce jour, ce sont 4,5 milliards USD qui ont été engagés tant auprès des secteurs public que privé, dans des domaines aussi variés que l’énergie, les transports, la santé, l’agriculture et l’éducation. Grâce à ses interventions, la Banque a contribué à la création de milliers d’emplois, à la facilitation des échanges transfrontaliers et à l’accroissement de l’accès aux services essentiels.
Cependant, alors que nous célébrons, nous devons également garder à l’esprit les défis urgents qui pèsent sur nos aspirations communes :
- La pauvreté persistante : 148,7 millions de ressortissants de notre sous-région sont classés comme étant des travailleurs pauvres, c’est-à-dire qu’ils sont employés tout en restant économiquement vulnérables. (Perspectives de développement de l’Afrique de l’Ouest, 2024).
- Le chômage des jeunes : Un tiers des 420 millions de jeunes Africains sont au chômage, tandis qu’un autre tiers a un emploi vulnérable (BAD, 2024).
- La faiblesse du commerce intrarégional : Le commerce intra-africain reste faible, soit 14,9 % selon l’édition 2024 du rapport sur le commerce en Afrique, contre 68,2 % pour l’Europe et 57,9 % pour l’Asie selon la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED).
Ces chiffres ne sont pas de simples statistiques ; ce sont des indicateurs pressants de la nécessité d’agir avec détermination pour libérer tout le potentiel du commerce et des investissements régionaux, notamment dans le cadre de la Zone de Libre-Echange Continentale Africaine (ZLECAf). Pour accélérer l’impact de la ZLECAf, nous devons prioriser le développement de filières compétitives et interconnectées dans des secteurs clés tels que l’agro-industrie, la technologie et la logistique, tout en tirant parti du développement de l’infrastructure régionale.
À la BIDC, notre mission va au-delà du simple financement de projets : nous aspirons à être un moteur de transformation, tout en orientant les ressources vers la concrétisation de la Vision 2050 de la CEDEAO, qui prône une croissance inclusive, un développement durable et une intégration régionale plus accrue. À ce titre, la BIDC collabore actuellement avec ses partenaires pour :
- accroître l’accès aux énergies renouvelables afin de combler le déficit électrique ;
- renforcer les capacités des petites et moyennes entreprises (PME), véritables piliers de nos économies ;
- financer les corridors de transport stratégiques, tant ferroviaires que routiers, pour réduire les coûts du commerce intra-régional ;
- consolider les systèmes de santé pour mieux répondre aux besoins de nos populations croissantes ; et
- développer la capacité agro-industrielle afin d’améliorer la sécurité alimentaire, tout en stimulant la croissance économique et en améliorant les moyens de subsistance.
La sagesse ancestrale nous rappelle qu’« une main seule ne saurait soulever un tronc d’arbre.». En cette ère d’incertitudes et de concurrences mondiales, l’avenir de notre sous-région repose sur le renforcement de la coopération et de la solidarité. En conjuguant nos ressources, nous forgeons une résilience partagée, créons des économies d’échelle propices à l’exportation, élargissons l’accès aux marchés et attirons davantage d’investissements. Malgré les vents géopolitiques contraires, l’intégration régionale demeure un impératif économique.
À l’occasion de ce 50e anniversaire, j’en appelle à tous les acteurs — gouvernements, dirigeants du secteur privé et partenaires au développement — pour qu’ils renouvellent leur engagement en faveur de la vision de la CEDEAO, qui consiste à bâtir une Afrique de l’Ouest prospère et autonome.
Œuvrons de concert pour bâtir la Communauté dont rêvaient les pères fondateurs de la CEDEAO.
Vive la CEDEAO !